Bandeau
Le Dictionnaire des BIELMANN du Canton de Fribourg
Slogan du site
Descriptif du site
service etranger (le)

service étranger (le)

Article mis en ligne le 7 février 2010
dernière modification le 21 décembre 2014

par Jean-Pierre BIELMANN
Imprimer logo imprimer

Article extrait du Cahier du Tds n°7

« Sire, avec tout l’or que votre Majesté et ses Ancêtres ont donné aux Suisses, on paverait le chemin de Paris à Bâle », déclara LOUVOIS, le Grand Munitionnaire du Roi Soleil, à l’officier qui réclamait le paiement des soldes en retard.
« Cela est fort possible, répondit l’officier, mais avec le sang que les Suisse ont versé pour vous, on remplirait un canal de Bâle à Paris » (

Cette anecdote traduit toute l’importance du « Service Etranger » pour les Suisses de l’Ancien Régime.

Si les origines de ce service se trouvent dans les « bandes » du Moyen-Age. Il faut attendre, cependant, le règne des rois Charles VII et Louis XI pour la création de véritables troupes organisées. Une centaine de traité dont le premier fut signé en 1453 à Montil-les-Tours, furent conclu entre les Rois de France et les Cantons Suisses. Ils étaient appelés « Capitulations » en raison des « Chapitres » de l’acte qui fixaient les conditions par lesquelles les Cantons s’engageaient à fournir des « bandes » puis des régiments. Les hommes n’étaient pas engagés individuellement comme des mercenaires, mais ils étaient recrutés par des colonels agréés par les Cantons et ils restaient sous leur contrôle.

Par ce régime spécial, les Suisses du Roi de France étaient considérés comme des troupes alliées.

Avec les Guerres de Bourgogne où les « piquiers » helvétiques écrasèrent par deux fois l’armée la plus puissante d’Occident à Morat puis à Grandson, l’importance des effectifs alla croissant. Il y eut jusqu’à treize régiments et une compagnie au Service du Roi. Les Cantons fournirent prés d’un million d’hommes entre 1453 et 1830.

Hormis une courte période consécutive à la bataille de Marignan (1515-1521), les troupes suisses s’illustrèrent dans toutes les guerres que la France soutint contre ses voisins et dés les origines, les Rois leur confièrent la responsabilité de leur propre sécurité. Cette tâche magnifiée dans la devise « Honneur et Fidélité », conduisit sept cent d’entre eux au massacre le 10 août 1792 quand la population parisienne attaqua les Tuileries.

Licenciés par la Révolution (1791-1792), les régiments suisses reprirent du service sous l’Empire Napoleonien (Capitulation de 1805) puis sous la Restauration. Ils furent définitivement supprimés lors de la Révolution de Juillet 1830. Les Suisses qui voulurent continuer de servir la France constituèrent le noyau fondateur d’une nouvelle formation : « la Légion Etrangère ».

Outre la France, les Cantons Suisses fournirent des régiments à de nombreuses puissances européennes dont l’Autriche, les Etats Italiens et la Prusse. Ils participèrent même à des opérations outre-atlantiques. Il arriva malheureusement que des régiments suisses aient à combattre les uns contre les autres.

De nos jours, seule la Garde Pontificale composée exclusivement de Suisse maintient le souvenir de ce « Service Etranger ».

Des BIELMANN au Service du Roi de France.

« Le deux janvier mille sept cent soixante six, le corps de Jean BIELLMENT, Cent Suisse de la garde du Roy, âgé d’environ trente sept ans décédé ce jour… ses sacrements a été inhumé dans le cimetière de cette église… en présence de Joseph et Pierre BIELLEMENT , tous deux ses frères, Suisses de son altesse Royale le Duc D’Orléans qui ont signé avec nous. »

Cet acte tiré des registres paroissiaux de Saint-Cloud dans l’actuel département français de Hauts-de-Seine permet de connaître l’implication des BIELMANN de Treyvaux dans le « service étranger ». Les trois frères, Jean, Joseph et Pierre étaient les fils de Pierre BIELMANN du Mont Dessous, lui-même le cinquième enfant de Christus BIELMANN de Bonnefontaine et du Mont de Treyvaux. D’autres actes issus notamment des Archives Nationales de France, nous donnent le nom de Jacques, fils d’Antoine BIELMANN du Village de Treyvaux, et petit-fils de Jean BIELMANN du Vuey, le frère de Christus BIELMANN du Mont.

1.Les frères BIELMANN du Mont Dessous :

Selon les sources dont nous disposons, les BIELMANN de Treyvaux ne servirent pas dans l’anonymat des régiments de ligne. Mais ils furent engagés dans un corps privilégié qui avait le pas sur tous les autres régiments suisses au service de la France : le Régiment des Gardes Suisses. Créé en 1616 par Louis XIII, il veillait sur les Rois de France et leur maison. Le régiment était composé de douze compagnies de cent vingt hommes. Jean BIELMANN servit dans celle de Monsieur D’AFFRY. Engagé en mars 1752, ce soldat avait comme armement un fusil, un sabre et une baïonnette. Il portait l’habit rouge distingué de bleu, la veste blanche, les attributs argent, le chapeau galonné et la cocarde noire.

Plus prestigieux encore, les sources dont l’acte de décès de 1766, nous apprennent que ce Jean BIELMANN entra ensuite dans la Compagnie des Cent Suisses. Cet événement dût se situer en 1757 attendu que son frère Antoine agissant au nom des siens indivis emprunta, le 2 mai 1757, 100 écus à ses cousins Jean et Antoine, fils de défunt Hans BIELMANN du Mont pour financer cette admission. L’état de la compagnie certifié par le capitaine-colonel le 7 novembre 1764 mentionne encore son nom.

La Compagnie des Cent Suisses, première troupe permanente au service du Roi de France, avait été instituée par Charles VIII qui confia la garde de sa personne à « cent hommes de guerre suisses ». Ces soldats vivaient dans l’entourage immédiat des monarques auprés duquel se relayaient deux escouades de seize hommes toutes les 24 heures. Pendant les cérémonies, le capitaine de la Compagnie précédait toujours le Roi, les soldats portaient le costume bleu et rouge à la livrée du souverain, la fraise blanche, le chapeau empanaché, l’épée et la hallebarde. En campagne, le costume se composait de l’habit bleu à doublure rouge orné d’un simple bordé d’or, parements et veste rouges bordés d’or, culotte rouge, boutons jaunes, bonnet d’ourse noir sans plaque. Et ordinairement, les Cent Suisses avaient la culotte et les bas rouges, veste bleue à parements rouges, chapeau bordé d’or et baudriers à franges rouges. Soit trois costumes ! !

Jean BIELMANN, qui selon les contrôles de la compagnie d’AFFRY du Régiment des Gardes Suisses avait une taille de 5 pieds 7 pouces, le visage rond, replaît et vermeil, les yeux gris et qui était de religion catholique, eut la carrière des armes la mieux connue des trois frères. Les registres paroissiaux de Treyvaux nous fournissent enfin sa date de naissance : le 23 mars 1728.

Joseph BIELMANN naquît probablement le 25 décembre 1725. En 1758, une supplique d’Antoine BIELMANN du Village, son oncle, à Leurs Excellences pour vendre ses biens afin de régler ses dettes, nous apprend qu’il était Suisse de Monseigneur le Duc d’Orléans. Il occupait toujours cette fonction en 1766 comme nous l’avons vu et en 1767 quand il désigna son cousin Jacques VEILLARD comme Procureur de ses biens. Puis il disparaît des sources. Seul un acte du 15 mai 1782, nous apprend qu’il laissa une veuve.

Pierre BIELMANN, né vraisemblablement le 21 mars 1725, fît faillite vers 1760 (acte de tutelle de sa femme daté du 6 février 1760. Cette situation l’obligea à quitter le pays. Il est dit absent dans un acte de 1765 et on le retrouve Suisse de Monseigneur le Duc d’Orléans en 1766 aux obsèques de son frère Jean. Il y était encore en 1770 quand il apparaît comme témoin au mariage de son cousin Jacques. Pierre décéda à Treyvaux le 31 juillet 1779.

Il convient maintenant de s’interroger sur les raisons qui poussèrent les frères BIELMANN du Mont à servir à l’étranger alors que leurs cousins du Mont Dessus et de Prilaz restèrent au pays. Un examen approfondi des registres notariaux nous fourni quelques éléments de réponse. Après le partage de 1709, Pierre, le père des trois frères, obtint sa part dont la maison paternelle. Mais il ne sut pas faire fructifier son héritage. A sa mort en 1753, Pierre laissait une propriété exsangue. Ses enfants durent se répartirent les dettes. Le partage des biens ne permettait pas leur établissement. A cela, il faut ajouter une mésentente familiale qui suppure dans le testament de Pierre daté du 12 septembre 1753. Pierre le fils ne reçut que 40 écus. Jean, qui était déjà en France fut exclu de la succession. Anne-Catherine, leur sœur, n’eut droit à rien ! Criblés de dettes, voire en faillite, les fils de Pierre BIELMANN du Mont Dessous n’avaient d’autres solutions que de quitter la commune. D’ailleurs, ce lignage disparût définitivement du Treyvaux quand Louis, fils de Pierre, le Suisse du Duc d’Orléans devint soldat de la garde de Fribourg.

2.Jacques BIELMANN :

Lors de son décès le 8 juin 1795 survenu à Treyvaux, le Cent Suisse Jacques BIELMANN vivait dans une certaine opulence. Son testament daté du 26 mai 1795 témoigne de l’emploi d’une servante à laquelle il octroya une rente viagère de 27 écus, et de ses relations avec la bourgeoisie du canton. Parmi les légataires figurait notamment le fameux curial BIELMANN de Montagny. D’autre part à son retour du « Service Etranger », Jacques fit construire à l’emplacement de l’ancienne maison paternelle, une demeure de style Mansart. Située en la Toffeyre du Village, cette bâtisse fut détruite par un incendie en 1948. Enfin, les actes notariés nous apprennent qu’il put octroyer un certain nombre de prêts conséquents aux habitants de Treyvaux.

Pourtant la lignée des BIELMANN du Village n’était pas fortunée. Le grand-père de Jacques, Jean BIELMANN du Vuey ou du Plan fit faillite en 1714. Et, bien que Antoine BIELMANN ait pu acquèrir une maison en 1728, ses possessions restent modestes. Lors du partage de ses biens, les enfants dont Jacques, n’obtiennent que quelques parcelles de terre, une grange et la dite maison. Cette indigence est confirmée par l’emprunt de 134 écus que firent les frère et sœurs de Jacques pour que ce dernier puisse intégrer le bataillon des Cent Suisse.

Dans ce contexte, son aisance résultait vraisemblablement de son entrée dans cette arme prestigieuse.

La carrière militaire de Jacques débuta le 8 mars 1755. A cette date, il rejoignait son parent Jean dans le régiment des Gardes-Suisses, Compagnie de M. D’AFFRY. Selon son signalement, il avait une taille de 5 pieds, 6 pouces, le visage rond, les yeux gris, les cheveux châtains. Jacques figurait également sur le contrôle de la compagnie en 1758-1759. Ce document permet de supposer qu’il abandonna temporairement le service. En effet, il est dit « rengagé le 8 mars 1758 pour une campagne. »

En 1760, comme le confirme l’emprunt de ses frère et sœurs, il entra chez les Cent-Suisse. Il y retrouva Jean. Les états de la Compagnie conservent son souvenir pour les années 1764, 1767 et 1779 comme garde ordinaire. Les registres notariés révèlent qu’il servait encore en 1785.

Cette réussite sociale prit toute son ampleur quand il épousa le 8 janvier 1770 en la paroisse Saint-Louis de Versailles, la veuve d’un bourgeois de Paris, Marie-Marguerite ROUDIER. Le contrat de mariage signé à Paris le 29 décembre 1769 confirme le rang social de la promise. Il mentionne l’achat d’une maison à Versailles, d’une valeur de 16 000 livres et d’un apport de 1200 livres en douaire.

Jacques était né le 10 octobre 1732 à Treyvaux.

Sources : SHAT, 15 Yc 20, 15 Yc 35 ; ANF O/1/3679, étude VII, 387 ; Arch. Depart. Yvelines 5 Mi 196 B 197 ; AEF RN 249, 576, 577, 580, 895, 1058, 1059, 1060, 1068, Manaux.



puce Contact puce Espace rédacteurs

RSS

2009-2018 © Le Dictionnaire des BIELMANN du Canton de Fribourg - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.79.14